L'abîme semblait fou
« L'abîme semblait fou sous l'ouragan de l'être. » (Magnitudo Parvi, Les Contemplations, Victor Hugo)
— En un sens, je pense que c’est délibéré […]. Les candidats sont tellement nombreux qu’on ne peut pas les tester tous, ni même prendre les meilleurs d’entre eux, parce que ceux-là aussi sont trop nombreux ; alors ils procèdent au hasard. Vous pouvez toujours revenir à la charge.
— Je ne sais pas […]. Il m’arrive de penser qu’on vous dit cela pour que vous ne soyez pas vexé d’être rejeté. À mon avis, ils prennent bel et bien les meilleurs. Mais dans mon cas, ils ont fait une erreur. Seulement, comme ils ne vous disent pas pourquoi vous avez échoué, on ne sait pas quoi faire pour s’améliorer ! - Iain M. Banks, Une forme de guerre (traduction Hélène Collon).
« La dialectique peut-elle casser des briques ? » : une petite merveille situationniste.
Embrace Life
Décédé ce jour, un des plus grands chanteurs engagés du siècle dernier, à l’humilité jamais démentie : Jean Tenenbaum dit Jean Ferrat.
Sur la citation « Calomniez, calomniez, il en restera toujurs quelque chose. »
Contrairement à ce que j’affirmais hier, elle n’est pas tirée des Essais de Francis Bacon, en tout cas sûrement pas de Of atheism. L’essai ne fait que deux pages, avec un peu de latin et beaucoup de vieil anglais, c’est intéressant mais un peu daté. Je l’ai lu sur Google Books et rien n’y parle de calomnie.
Par contre, Google Books m’a permis de trouver le fascinant English into French; five thousand English locutions rendered into idiomatic French (1920) (chez www.archive.org), et en particulier sa page 73 qui est pleine d’enseignements.
Voici la partie pertinente :
If you throw enough mud some of it will be sure to stick: Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose
Note. This saying is commonly, but erroneously, attributed to Beaumarchais. It does not occur in Bazile’s tirade on calumny in the 8th scene of the 2nd act of Le Barbier de Seville, though it expresses, in epigrammatic form, the substance of that celebrated speech.
The saying was already popular in the beginning of the seventeenth century, as is proved by the following extract from Bacon’s De Augmentis scientiarum. Book VIII, chap. 2 ‘Sicut enim dici solet de calumnia: Audacter calumniare, semper aliquidhaeret’. (Comme on dit ordinairement : Va! calomnie hardiment, il en reste toujours quelque chose.)
It seems probable that this cynical precept derives from the advice given by Medius to Alexander’s sycophants. He told them to calumniate boldly ; that the wounds they inflicted might heal, but would always leave a scar. See Plutarch’s Moralia, ’ Quomodo quis discernere’, and Spedding’s The Works of Francis Bacon, 1857, vol. I, p. 780.
Bien que ce dernier ouvrage soit plus difficile à obtenir (Google ne propose que les volumes 9 et 10 en libre accès), on finit par obtenir la confirmation à la source, sur Google Books toujours : De dignitate & augmentis scientiarum. La confusion avec Beaumarchais remonte au moins à 1866 (remarquez le renvoi à Bacon mais la citation classée à Beaumarchais !).
Et un point Godwin pour France Inter, un !
« Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. » Cette citation est généralement attribué à Francis Bacon, dans son Essai sur l’athéisme. Et non pas à Joseph Goebbels, ministre de la propagande sous Hitler, comme affirmé plusieurs fois à l’antenne ce matin.
Vous dites aux gens : « GMail, c’est dangereux, Google a le pouvoir de lire et d’effacer tous tes mails quand elle veut, pour n’importe quelle raison, sans te demander ton avis. » Ils vous répondent : « Mais non, ils ne feront jamais ça. »
Vous dites aux gens : « le pass Navigo, c’est dangereux, la RATP a le pouvoir de te suivre à la trace et de te bloquer l’accès quand elle veut, pour n’importe quelle raison, sans te demander ton avis. » Ils vous répondent : « Mais non, ils ne feront jamais ça. »
Vous dites aux gens : « les DRM, c’est dangereux, l’entreprise à qui tu achètes tes livres, ou ta musique, a le pouvoir de les effacer quand elle veut, pour n’importe quelle raison, sans te demander ton avis. » Ils vous répondent : « Mais non, ils ne feront jamais ça. »
Amazon vient d’effacer des Kindles (lecteurs de livre électroniques) de ses utilisateurs toutes les versions du roman 1984 qu’elle avait vendues, partout dans le monde, et sans leur demander leur avis. (Source : The New-York Times)
Mais non, ils ne feront jamais ça…
54 ans d’explosions nucléaires résumés en 14 minutes d’un son et lumière glaçant. 2 053 touches sonores, comme autant de bombes, qui font entendre une bien étrange symphonie. À regarder jusqu’au bout.
« 1945 — 1998 » par Isao Hashimoto (Japon, 2003)
Regarder les moineaux voleter de-ci de-là à portée de main, piailler dans le soleil, et même chanter. En chœur avec What Are You Doing the Rest of Your Life? de Michel Legrand, par Michel Legrand. Un air de matin qui commence bien.